Paysages, Populations de Rongeurs, Prédateurs et Parasites (4P)
Contexte & Objectifs
Certaines espèces de petits mammifères (campagnols, mais aussi lapins, chiens de prairie, pikas, etc.) sont traditionnellement perçues comme des pestes agricoles et ciblées pour être régulées sur une très grande échelle. Ils sont cependant des espèces clés dans leurs écosystèmes d’origine. Les recherches menées dans la ZAAJ sur l’écologie d’Arvicola terrestris et Microtus arvalis ont montré que la productivité primaire, la composition et la structure du paysage (l’arrangement spatial des habitats) ont des effets importants sur la dynamique des populations des campagnols prairiaux. Ces effets sont multi-échelles, et ont des conséquences indirectes sur la communauté de vertébrés (autres espèces de petits mammifères et les prédateurs, y compris les espèces protégées et patrimoniales), et la transmission de parasites. Cette connaissance a des applications pratiques pour le contrôle écologique des pestes agricoles et la conservation de la biodiversité des mammifères et oiseaux.
L’objectif est de suivre la dynamique des populations de campagnols terrestres et des champs et de leurs prédateurs.
Pic de haute densité à la Vrine, 25/2/2021 – prise de vue Adrien G.
Problématique
Cette activité alimente les recherches sur deux nécessités de gestion parfois contradictoires :
le contrôle des populations pour des raisons agronomiques et de santé publique
les conséquences des pullulations en biologie de la conservation. Les campagnols sont en effet des proies importantes pour de nombreux prédateurs, dont certaines espèces protégées et patrimoniales (Milan royal, etc.). Leurs variations d’abondance entrainent des modifications de régime alimentaire des prédateurs susceptibles d’avoir des effets sur des espèces d’intérêt cynégétique ou patrimonial (lièvre, grand tétras, etc.).
Vague voyageuse du campagnol terrestre dans le Doubs (1989-2020), données FREDON BFC & DRAAF
Réseau de causalités dans lequel s’inscrivent les pullulations de campagnols terrestres. D’après Giraudoux (2022).
Localisation & temporalité
La surveillance concerne annuellement : depuis 1989, le campagnol terrestre dans les départements du Doubs et du Jura (résolution communale et annuelle) ; depuis 2004, au début du printemps, des comptages nocturnes de faune (renard, lièvre, etc.) dans un réseau de 472 transects du département du Doubs ; des transects indiciaires campagnol terrestre de 1990 à 2000, campagnol terrestre, campagnol des champs et taupe depuis 2014, au printemps et en automne, principalement dans les communes de Levier, Septfontaines, Evillers, Le Souillot, Chapelle d’huin, Bulle, Chaffois et Bannans. Depuis 1999 dans la ZELAC (Zone expérimentale de lutte anti-campagnol, Sombacour et Bians-les-Usiers) et depuis 2005 dans la CLAC (Charquemont lutte anti-campagnols, Charquemont, Les Écorces, Fournet-Blancheroche). Depuis 2016 dans la ZERRAC (Zone Expérimentale de Régulation des Rongeurs en Agriculture de Conservation, communes de Annoire, Chemin, Petit-Noir, Saint-Aubin, Saint-Loup, Tavaux).
Quelques résultats
Les recherches ont conduit à comprendre les causes principales des pullulations, et à mettre au point, avec les éleveurs, une réponse multifactorielle basée sur la prévention et l’intervention précoce, appelée boite à outils, que chacun peut adapter aux configurations particulières de son exploitation. Voir par exemple Giraudoux et al. (2017). Suivi à long terme d’une zone de pullulation cyclique de campagnols terrestres : le contrôle raisonné des populations est possible ! Fourrages, 169–176.
Les meilleurs résultats sont obtenus par des groupements d’exploitations, sur des surfaces de plusieurs centaines d’hectares correspondant à la grande ampleur spatiale du phénomène, minimisant ainsi la recolonisation par les bords. Ces actions font l’objet de contrats de lutte gérés par la FREDON de Bourgogne Franche-Comté.
Les vues aériennes ci-dessous montrent la différence, pendant un pic de pullulation, entre les zones en contrat de lutte (vertes) et les autres (brun des tumuli de campagnols dominants) :
Partenariats
Les travaux sont réalisés par un consortium regroupant l’UMR Chrono-environnement, la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt, la FREDON Bourgogne Franche-Comté et la Fédération départementale des chasseurs du Doubs.
Depuis 2021, ils s’élargissent à des partenaires supplémentaires dans le cadre du programme CARELI qui vise à mesurer les effets éventuels de la « protection » du renard comparés à son classement comme espèce « chassable et susceptible d’occasionner des dégâts (CSOD) ».
Recherches inter-ZA
Des études basées sur un système d’observation des populations de campagnol terrestre, mis en place en 1998 en Haute Romanche par le Parc National des Ecrins puis par la communauté de commune du Briançonnais, sont conduites dans la zone atelier Alpes, pour effectuer des comparaisons avec le massif du Jura. Elles ont bénéficié, de 2012 à 2015 d’un soutien spécifique du Parc National des Ecrins, des Fédération des chasseurs du Doubs et du Jura et de l’Association nationale recherche technologie (bourses CIFRE).
Les données collectées en Haute-Romanche ont également servi à valider un modèle de simulation multi-agents conçu et élaboré conjointement au sein de Chrono-environnement (Patrick Giraudoux) et FEMTO-ST (Nicolas Marilleau et Christophe Lang).
Contacts
Coordinateur : Patrick Giraudoux
Chrono-environnement – Université Marie & Louis Pasteur
