Le 27 novembre 2025, le Laboratoire Chrono-Environnement à Besançon a accueilli une table ronde du programme CARELI, réunissant élus, gestionnaires, scientifiques, chasseurs, associations environnementales et acteurs agricoles. L’objectif de cette rencontre était de présenter les premiers résultats issus de l’approche interdisciplinaire “One Health” sur la gestion du renard roux dans le Doubs et de discuter des implications pour les politiques publiques de gestion de la faune sauvage.
(©)FREDON BFC
Les analyses scientifiques, basées sur quatre années de suivi, montrent que le statut ESOD du renard dans le Doubs n’a pas réduit significativement les populations ni les dommages aux élevages, tandis que la protection efficace des clôtures et des poulaillers constitue la mesure la plus pertinente pour limiter la prédation dans l’état actuel des pratiques.
Les travaux des sociologues impliqués dans le programme CARELI apportent un éclairage inédit sur la manière dont les débats autour du renard roux traduisent des tensions sociales, culturelles et symboliques liées à la place de la faune sauvage dans nos territoires. Autrefois perçu comme un « nuisible », le renard fait aujourd’hui l’objet d’une requalification : son rôle écologique dans la régulation des campagnols et son “charisme non-humain” suscitent de nouvelles formes d’attachement et de reconnaissance. Les sociologues soulignent cependant que ces évolutions ne suppriment pas les désaccords : elles déplacent la controverse vers des questions de gouvernance et de légitimité — qui décide de la gestion du renard, et selon quelles valeurs ?
De plus, les sociologues mettent en lumière la dynamique interne du consortium CARELI, qui associe depuis 2019 des acteurs dont les relations sont le plus souvent caractérisées par des situations de conflits concernant les modes de gestion de la faune sauvage. Cette coopération, fondée sur la connaissance mutuelle et l’établissement de relations de confiance, a permis la construction d’un “terrain d’entente” autour de la recherche et du dialogue. Les partenaires, initialement porteurs de visions parfois opposées, ont su transformer une controverse en espace d’expérimentation collective. CARELI se distingue ainsi comme un laboratoire de gouvernance partagée, démontrant qu’une approche transdisciplinaire et coconstruite peut favoriser des solutions locales plus robustes et acceptées pour la gestion de la faune sauvage.
Le programme mobilise de nombreux partenaires : France Nature Environnement Doubs (FNE 25), Fédération Départementale des Chasseurs du Doubs (FDC 25), Ligue pour la Protection des Oiseaux Bourgogne-Franche-Comté (LPO BFC), FDSEA du Doubs, FREDON Bourgogne-Franche-Comté, Chrono-environnement – UMR CNRS UMLP, Laboratoire de sociologie et d’anthropologie de Besançon, et bénéficie du soutien de financeurs institutionnels : Région Bourgogne-Franche-Comté, Commissariat de Massif du Jura, DRAAF Bourgogne-Franche-Comté, DREAL Bourgogne-Franche-Comté et ARS Bourgogne-Franche-Comté.
Cette expérience illustre que la gestion scientifique et collaborative de la faune sauvage peut concilier protection de la biodiversité et sécurité des élevages, tout en intégrant les dimensions sociales et territoriales des politiques publiques. Pour consulter les résultats détaillés et les analyses complètes, le blog du programme est disponible ici : CARELI

